La semaine où tout s’est accéléré

Egmont, Vinmart, MIKUBA, Business Ready, Kasomeno-Kasenga-Chalwe, RN4, bateau baliseur : en six jours, la RDC a multiplié les signaux d’une économie qui cherche à s’ancrer dans des institutions crédibles et des infrastructures réelles.

Par N. BAF

Kinshasa, 12 juin 2026

Il y a eu Bakou, d’abord. L’admission de la CENAREF au Groupe Egmont — le réseau mondial des cellules de renseignement financier — n’a pas fait la une des journaux. Pourtant, c’est peut-être l’événement le plus structurant de la semaine. Accéder au réseau Egmont, c’est accéder aux données bancaires, aux transactions financières et aux avoirs détenus à l’étranger dans 170 pays. Pour un pays où l’exploitation minière illicite génère chaque année des milliards de dollars de flux qui s’évaporent avant d’atteindre le Trésor, c’est un outil de souveraineté financière concret. Et c’est la pièce qui manquait au dossier GAFI : la RDC vise une sortie de la liste grise en octobre, et Egmont est l’une des preuves de conformité institutionnelle que le GAFI attend.

Il y a eu Lubumbashi, ensuite. Trois usines inaugurées simultanément au sein du Groupe Vinmart : tubes carrés, câbles électriques armés, transformateurs. Vingt à vingt-cinq mille emplois directs revendiqués. Une zone économique spéciale en projet sur le même site. Dans une ville où le débat tourne souvent autour de l’extraction minière brute, l’ouverture de lignes de production industrielle locale est un signal différent. Ces produits — tubes, câbles, transformateurs — sont au cœur des investissements dans la construction, l’énergie et les mines. Les fabriquer sur place réduit la dépendance aux importations et crée de la valeur là où elle était jusqu’ici capturée par des fournisseurs extérieurs.

Il y a eu MIKUBA, encore. La plateforme numérique de l’ONEM permet désormais, en théorie, à un jeune de Butembo ou de Kananga de postuler aux mêmes offres qu’un candidat de Kinshasa. En théorie : parce que les 79 % d’accès à l’électricité qui manquent et les zones blanches de connectivité numérique continuent de rendre cette promesse inaccessible pour la majorité. Mais l’outil existe, il est en ligne, et il casse structurellement la logique du réseau et de la cooptation qui a longtemps dominé l’accès à l’emploi formel. C’est un début.

Il y a eu les chantiers, enfin. Le lancement de la RN4 Kisangani–Banalia–Buta sur 300 km. L’avancement documenté du pont Kasomeno-Kasenga-Chalwe, avec une date de mise en service annoncée : mars 2027. Un bateau baliseur inauguré à Kindu pour sécuriser la navigation sur le Lokenye. Ces trois nouvelles auraient pu paraître anodines si elles n’illustraient pas une dynamique de fond : la RDC ouvre des chantiers qu’elle n’avait pas encore eus le courage — ou les financements — de lancer. La RN4, c’est l’accès au cacao du Bas-Uélé et au café du Haut-Uélé. Le pont sur la Luapula, c’est 250 km de moins vers Dar es Salaam pour les minerais du Lualaba. Le baliseur sur le Lokenye, c’est le Sankuru qui respire un peu — la même province où une bouteille de soda coûte trois fois son prix kinois.

Mais la semaine n’a pas été sans zones d’ombre. Dans le Sankuru et les Kasaï, 315 caprins ont péri en cinq jours d’une pathologie animale qui s’étend aux provinces voisines. Pour des ménages ruraux dont l’épargne se mesure en bêtes, c’est une perte économique immédiate. Le score B-READY de 63,61 sur le cadre réglementaire est présenté comme une performance ; il l’est peut-être, mais c’est sur les piliers « services publics » et « efficacité opérationnelle » que les investisseurs prennent leurs décisions réelles. Et le congrès des experts-comptables a rappelé une vérité simple : les lois ne suffisent pas ; c’est la qualité de l’information financière qui fait ou défait la confiance des marchés.

Cette semaine ressemble à la RDC telle qu’elle est : un pays qui avance sur plusieurs fronts à la fois, avec une énergie réelle, des résultats mesurables — et des fragilités qui résistent. La question n’est pas de savoir si ces chantiers sont réels. Ils le sont. La question est de savoir s’ils tiendront dans la durée, si les institutions seront à la hauteur des outils qu’elles se donnent, et si les retombées atteindront, un jour, les 315 propriétaires de chèvres du Sankuru.