Une semaine à deux vitesses pour l’économie congolaise

Il y a deux RDC dans les dépêches de cette semaine. Celle qui construit, qui signe, qui inaugure — et celle qui, chaque vendredi, doit encore composer avec un franc qui glisse et un panier de la ménagère qui pèse plus lourd que le mois dernier. Les deux existent en même temps, et c’est précisément ce grand écart qui résume l’économie congolaise de la mi-juillet.

Par N. BAF

13 – 18 juillet 2026 — Éditorial — Chiffres et Conjoncture

Commençons par les bonnes nouvelles, et elles sont réelles. La Banque centrale a desserré l’étau monétaire à deux reprises en l’espace de dix jours, ramenant son taux directeur de 15 % à 12,5 %, pendant que le Comité permanent de cadrage macroéconomique table sur une croissance de 6,2 % cette année, tirée par une industrie extractive toujours portée par la demande mondiale de cuivre et de cobalt. Le Baromètre de conjoncture de la Banque centrale confirme cette embellie perçue par les chefs d’entreprise : un solde d’opinions à 43,4 %, avec une construction en pleine effervescence à 53,7 %. Sur le papier, tous les signaux macroéconomiques sont au vert.

Sauf que ce vert-là ne se sent pas encore dans les marchés de Kinshasa. Le franc congolais a continué de se déprécier sur ses deux segments, jusqu’à 2 340 CDF pour un dollar en cours parallèle, et l’inflation hebdomadaire reste largement alimentée par les produits alimentaires, qui ont pesé à eux seuls pour 76,6 % de la hausse des prix cette semaine. Autrement dit : la croissance s’écrit dans les mines et les chantiers, mais l’inflation, elle, s’écrit toujours au marché. C’est cet écart entre les grands agrégats et le quotidien des ménages qui continue de définir la trajectoire économique du pays.

Cette semaine a aussi été celle des engagements extérieurs. Le Groupe AFD a réaffirmé un portefeuille de plus de 700 millions d’euros en RDC, avec un volet sanitaire inédit face à la nouvelle épidémie d’Ebola, pendant que le système des Nations unies annonçait 473,4 millions de dollars déjà mobilisés dans le cadre de son programme de coopération. À l’échelle plus locale, le Fonds de promotion de l’industrie a accordé dix-huit crédits à des jeunes entrepreneurs à un taux ramené à 4 %, FAMECO a annoncé la création de plus d’une centaine d’emplois grâce à la restriction des importations d’acier, et un contrat a été signé pour la construction d’une centrale hydroélectrique de 20 mégawatts à Mbombo, dans un Kasaï Central où l’électrification reste inférieure à 1 %. Prises séparément, ce sont des annonces modestes. Mises bout à bout, elles dessinent une semaine où la confiance des partenaires extérieurs et des institutions publiques dans le potentiel congolais ne s’est pas démentie.

Reste l’angle mort de la semaine : la fiscalité minière. Le forum organisé par la Chambre des mines de la FEC a mis des chiffres sur un malaise ancien — une redevance minière passée de 0,5-4 % à 3,5-10 % entre 2002 et 2018, une période de stabilité fiscale réduite de moitié, et un contentieux entre la Direction générale des impôts et Kamoto Copper Company désormais évalué à plus de 6 milliards de dollars. L’appel du président Tshisekedi à concilier mobilisation des recettes et préservation du climat des affaires a été salué par les opérateurs, mais il rappelle surtout que l’équation reste à résoudre : un pays qui a besoin de recettes fiscales stables pour financer ses infrastructures, face à des investisseurs qui ont besoin de prévisibilité pour engager leurs capitaux sur le temps long.

Sur le terrain des infrastructures et du numérique, enfin, la semaine confirme une ambition de modernisation qui prend forme progressivement : les études du projet TRAK doivent ramener le trajet centre-ville–aéroport à 25 minutes, la RDC candidate à un siège au Conseil de l’UIT en s’appuyant sur ses 74 millions d’abonnements mobiles, et l’Inspection générale des finances mise sur la digitalisation pour fiabiliser la gestion du portefeuille de l’État. Ce sont des chantiers de fond, dont les effets ne se mesureront pas en une semaine, mais qui tracent une direction cohérente.

Au bout du compte, cette semaine du 13 au 18 juillet raconte moins une success story qu’un chantier en cours : celui d’une économie qui progresse sur ses grands équilibres et attire toujours des partenaires, mais qui n’a pas encore refermé l’écart entre ses statistiques macroéconomiques et la réalité vécue par les ménages, ni stabilisé les règles du jeu avec ses plus grands contributeurs fiscaux. Les prochaines semaines diront si cet écart se resserre — ou s’il devient, lui aussi, structurel.