Inflation mensuelle de juin : 0,779 %, une accélération par rapport à mai

Kinshasa, fin juin 2026 — Institut national de la statistique (INS)

L’inflation mensuelle de juin 2026 s’établit à 0,779 % au niveau national et 0,744 % à Kinshasa, en hausse par rapport à mai 2026 où elle ressortait à 0,668 % au national et 0,649 % dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Cette accélération mensuelle mérite d’être lue dans son contexte : le mois de juin cumule les effets de deux semaines à inflation supérieure à 0,20 %, tirées par les légumes, les céréales, le pain, les huiles, le poisson, les viandes et les produits d’entretien courant du logement.

Une décélération structurelle en glissement annuel

Sur douze mois, la trajectoire reste favorable. Le glissement annuel de l’inflation s’établit à 2,869 % au niveau national à fin juin 2026, contre des niveaux qui dépassaient 9 % à la même période en 2025. Cette désinflation structurelle est l’acquis le plus significatif de la politique monétaire de la BCC sur les douze derniers mois ; elle a d’ailleurs valu à son gouverneur André Wameso le titre de meilleur banquier central d’Afrique en mai 2026.

L’inflation annualisée — qui projette le rythme hebdomadaire sur douze mois — ressort à 10,092 % au national, un niveau qui dépasse l’objectif de 7,0 % mais reflète avant tout la volatilité des prix alimentaires et leur sensibilité aux facteurs saisonniers et logistiques, plutôt qu’une dérive monétaire systémique.

Ce que dit la structure de l’IPC

La dominance de l’alimentation dans l’IPC congolais (pondération de 7 002 pour 10 000, soit 70 % du panier) est révélatrice de la structure de consommation des ménages : dans une économie à bas revenus, la nourriture absorbe la part la plus importante du budget familial. Cette réalité rend les ménages congolais particulièrement vulnérables aux chocs sur les prix agricoles — qu’ils soient climatiques, logistiques ou saisonniers. Elle explique aussi pourquoi chaque dégradation d’un axe routier ou chaque perturbation sur les voies fluviales se traduit quasi immédiatement par une tension sur les marchés locaux.

L’IPC (Indice des prix à la consommation) est construit à partir d’un panier de biens et services représentatif de la consommation des ménages, pondéré selon le poids de chaque catégorie dans les dépenses des familles. La pondération de 7 002/10 000 accordée aux produits alimentaires en RDC est l’une des plus élevées au monde, reflet direct d’un niveau de vie encore dominé par les dépenses de subsistance. Par comparaison, ce ratio est d’environ 15 % en Europe et 25-30 % dans les pays à revenus intermédiaires d’Afrique.

L’alimentation et le logement

L’inflation hebdomadaire a repris de la hauteur lors de la dernière semaine de juin 2026, s’établissant à 0,210 % au niveau national contre 0,190 % la semaine précédente, et à 0,193 % à Kinshasa contre 0,178 %. En cumul depuis le début de l’année, l’inflation atteint 4,830 % au niveau national et 4,842 % dans la capitale. En glissement annuel, elle se situe à 2,869 % au niveau national et 2,595 % à Kinshasa — des niveaux contenus, nettement en deçà de l’objectif de 7,0 % fixé par la Banque Centrale du Congo (BCC).

SemainePérimètreHebdoCumuléeAnnualiséeGlissement annuel
1–06 juinNational0,174 %4,200 %9,944 %2,697 %
Kinshasa0,158 %4,233 %10,024 %2,502 %
8–13 juinNational0,204 %4,412 %10,004 %2,736 %
Kinshasa0,213 %4,454 %10,102 %2,535 %
15–20 juinNational0,190 %4,610 %10,026 %2,772 %
Kinshasa0,178 %4,640 %10,094 %2,535 %
22–27 juinNational0,210 %4,830 %10,092 %2,869 %
Kinshasa0,193 %4,842 %10,119 %2,595 %

Source : Institut national de la statistique (INS)

L’alimentation domine, le logement et la santé progressent

La structure de l’inflation révèle une économie dont les pressions inflationnistes restent concentrées sur les besoins de base. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées contribuent à hauteur de 71,2 % de la variation totale de l’indice des prix à la consommation (IPC). À l’intérieur de ce groupe, deux postes dominent : les légumes (25,4 % de contribution) et le pain et les céréales (25,1 %), ce dernier sous-groupe étant lui-même tiré par le pain (+0,356 % sur la semaine, contribution de 10,6 %) et les farines, semoules et gruaux (+0,375 %, contribution de 5,9 %).

Le groupe logement, eau, électricité et combustibles apporte la deuxième contribution significative avec 10,8 %, sous l’effet d’une hausse de 0,242 % de l’indice du groupe sur la semaine. La santé contribue pour 3,8 %, portée essentiellement par les médicaments et produits pharmaceutiques (+0,523 %). Les restaurants et hôtels pèsent pour 3,8 % et les biens et services divers pour 4,1 %. En revanche, l’enseignement est resté totalement stable (0,000 % de variation), de même que les services médicaux extrahospitaliers.

La contribution des postes non alimentaires confirme un élargissement progressif des pressions inflationnistes au-delà de la seule alimentation. En RDC, les tensions sur les prix alimentaires trouvent leurs racines dans les contraintes logistiques : routes dégradées, coûts de transport élevés, circuits d’approvisionnement longs entre zones de production et marchés urbains. Ces facteurs structurels ne disparaissent pas avec une décision gouvernementale ; ils réapparaissent à chaque relevé hebdomadaire, tant que les infrastructures de transport et de stockage restent insuffisantes.

Par N. BAF