87,9 % des dépôts en devises : la dollarisation de l’épargne congolaise demeure structurelle

Kinshasa, fin mai 2026 — Banque Centrale du Congo

Les statistiques bancaires publiées par la Banque Centrale du Congo (BCC) à fin mai 2026 confirment le dynamisme du secteur financier congolais : l’encours global des dépôts bancaires s’établit à 18 688,78 millions USD, en progression mensuelle de 7,2 % et de 16,0 % en glissement annuel pour les dépôts en devises. Mais derrière cette croissance se lit une réalité structurelle persistante : 87,9 % des dépôts sont libellés en devises étrangères, contre seulement 12,1 % en francs congolais.

Kinshasa et Haut-Katanga concentrent 87 % des dépôts

La répartition géographique révèle une forte concentration bancaire : la province de Kinshasa détient 66 % des dépôts totaux, le Haut-Katanga 21 %, le Lualaba 4 % — soit 91 % pour les trois seules provinces minières ou capitales. Cette concentration reflète la géographie économique de la RDC : les pôles d’activité formelle sont rares et circonscrites, laissant la grande majorité du territoire en dehors des circuits financiers formels.

Du côté du crédit, l’encours brut s’établit à 10 943,75 millions USD à fin mai, en progression de 3,1 %. La principale source de croissance est l’Administration publique centrale (+36,3 %), signe que l’État reste l’emprunteur dominant du système bancaire congolais. La répartition géographique du crédit suit la même logique que les dépôts : Kinshasa (48 %) et Haut-Katanga (31 %) concentrent 79 % des concours bancaires.

La dollarisation persistante de l’épargne congolaise (87,9 % des dépôts en devises) est le reflet d’une méfiance historique vis-à-vis du franc congolais, née des hyper-inflations des années 1990. Malgré les progrès accomplis — la part des dépôts en monnaie nationale est passée de 8,6 % en décembre 2024 à 12,1 % en mai 2026 — la reconquête de la confiance dans le franc congolais reste un processus lent. Elle dépend de la stabilité durable du taux de change, du maintien de l’inflation à des niveaux bas et de la crédibilité de la politique monétaire — trois paramètres sur lesquels la BCC a enregistré des progrès significatifs ces deux dernières années.

Par N. BAF