Souverain, mais jusqu’où ?

N’Djili inaugure un Boeing et réveille un train ; Mongbwalu signe avec des Américains sous condition de souveraineté des données ; le FPI réclame 350 millions à ses débiteurs ; le franc congolais reçoit une nouvelle signature. La semaine du 29 juin au 4 juillet 2026 a été celle d’un pays qui négocie âprement sa place dans l’économie mondiale — mais qui garde l’œil sur ce qu’il pourrait y perdre.

Par N. BAF

Kinshasa, le 04 juillet 2026

Il y a eu le 30 juin, d’abord. Anniversaire de l’indépendance — mais cette année, pas seulement symbolique. Le président Tshisekedi a pris un train urbain depuis le centre de Kinshasa jusqu’à N’Djili, une ligne interrompue depuis plus de vingt ans. Il a inauguré une rotonde aéroportuaire construite en 1959. Et il a réceptionné un Boeing 787 capable d’embarquer 380 passagers pour les vols internationaux. Trois symboles, trois signaux : le pays peut se connecter à lui-même et au monde. Ce n’est pas encore une révolution des transports. Mais c’est une phrase que l’on peut enfin écrire.

Puis il y a eu la semaine qui a suivi. Et là, le registre change : on n’est plus dans le symbolique, on est dans la négociation. À Houston, le président congolais a reçu Dynamic Aviation, spécialiste américain de la cartographie aérienne des ressources minières. La technologie est séduisante — elle permettrait d’identifier des gisements encore inconnus dans un pays dont le sous-sol est, comme aime à le dire Louis Watum, l’équivalent de ce qu’était le pétrole saoudien dans les années 70. Mais la condition posée par Kinshasa est ferme : les données collectées sur le territoire congolais restent sous contrôle congolais. « La souveraineté sur les ressources et les données nationales est la ligne rouge non négociable. » La RDC cherche des partenaires technologiques, pas des cartographes de son sous-sol.

Sur le plan institutionnel, la semaine a livré deux chantiers qui avancent en parallèle et se nourrissent l’un l’autre. Le premier est la numérisation de l’économie : avec le lancement du Groupe Inter-bailleurs pour le Digital (GID), la RDC s’est dotée d’une tour de contrôle pour les 510 millions de dollars déjà mobilisés vers la transformation numérique. Le deuxième est la mobilisation des ressources internes : le FPI cherche à récupérer 350 millions de dollars prêtés à des industriels qui ne remboursent pas. « On ne peut pas industrialiser le pays rien qu’en allant demander de l’argent à la Banque mondiale », a martelé le ministre Kalumba. Ces deux lignes — attirer des financements extérieurs tout en récupérant ce qui est dû à l’État — sont les deux faces d’une même politique d’autofinancement qui peine encore à se mettre en ordre.

Le Sénat, de son côté, a validé à 74 voix pour, zéro contre, deux accords commerciaux importants : un partenariat économique global avec les Émirats arabes unis (infrastructures, mines, agro-industrie, télécommunications) et le nouvel accord international sur le cacao, qui doit aider la RDC à valoriser une filière dont les exportations ont doublé en quatre ans mais qui continue d’exporter essentiellement du brut. Deux textes, une même question : comment passer d’un pays qui vend ses matières premières à un pays qui les transforme ? La réponse ne se trouvera ni dans un texte de loi ni dans une inauguration. Elle se construira, kilomètre par kilomètre, dans des provinces comme le Sankuru où une bouteille de soda coûte trois fois son prix kinois, ou dans le Kasaï oriental où la MIBA vient de lancer la prospection du cuivre et du cobalt, soixante ans après avoir tout misé sur le diamant.

La semaine s’est conclue avec des chiffres d’inflation qui montent légèrement : 0,21 % sur la dernière semaine de juin, inflation mensuelle à 0,78 % — en hausse par rapport à mai. L’alimentaire représente 71 % des pressions. Et l’on retrouve, semaine après semaine, les mêmes causes : légumes, pain, huiles, routes dégradées, circuits d’approvisionnement trop longs. La souveraineté économique, ce n’est pas seulement la capacité à poser des conditions aux partenaires étrangers — c’est aussi la capacité à nourrir ses villes à un prix accessible. Ces deux dimensions ne se financent pas de la même manière. Mais elles sont indissociables.