Le Franc Congolais en repli sur les deux marchés, inflation alimentaire à 80 % : la photographie économique de la première semaine de juin

Kinshasa, 11 juin 2026

Billets de banque

La note de conjoncture de la Banque Centrale du Congo (BCC) pour la première semaine de juin 2026 dresse un tableau marqué par la dépréciation du franc congolais sur ses deux segments de marché, une baisse des réserves internationales et une inflation toujours dominée par l’alimentation, dans un contexte de tendances divergentes sur les cours des matières premières d’intérêt pour la République démocratique du Congo (RDC).

Le franc congolais sous pression sur les deux marchés

À la clôture du 5 juin 2026, le dollar américain s’échangeait à 2 246,25 CDF sur le marché interbancaire et à 2 320,28 CDF sur le marché parallèle. Comparé au 29 mai, le franc congolais s’est déprécié de 0,15 % à l’interbancaire et de 0,81 % au parallèle. En rythme annuel, les dépréciations atteignent respectivement 2,89 % et 0,43 %.

Au 3 juin, les réserves internationales se sont établies à 7 481,27 millions USD, en baisse hebdomadaire de 26,12 millions USD, garantissant une couverture de 2,86 mois d’importations. La parité euro-dollar est restée stable à 1,16 USD pour 1 EUR. Sur le plan de la liquidité, une injection de 59,0 milliards de CDF a été réalisée via le Bon BCC. Le marché interbancaire (MIB) n’a enregistré aucune transaction sur la semaine, après 33,0 milliards de CDF la semaine précédente ; le cumul mensuel des opérations MIB atteint 84,0 milliards de CDF et le cumul annuel 151,0 milliards. Les taux d’intérêt ont oscillé autour de 13,0 % sur le marché interbancaire et de 17,5 % au guichet de prêt marginal.

Matières premières : le pétrole grimpe, les céréales reculent

ProduitCours au 4 juinVar. hebdoVar. fin 2025Glissement annuel
Pétrole (baril)95,0 USD+2,5 %+56,0 %+51,4 %
Cuivre (tonne)13 916,9 USD+1,4 %+10,9 %+46,3 %
Cobalt (tonne)55 604,0 USD+6,7 %+68,4 %
Or (once)4 484,3 USD-0,5 %+3,7 %+36,2 %
Riz (tonne)273,6 USD-4,1 %+24,8 %-8,2 %
Blé (tonne)213,9 USD-6,8 %+14,9 %+8,9 %
Maïs (tonne)156,1 USD-6,9 %-3,7 %-4,4 %

Source : Banque Centrale du Congo, note de conjoncture au 5 juin 2026

La hausse du pétrole s’explique par les tensions au Moyen-Orient, la baisse des stocks américains et l’incertitude entourant les négociations entre les États-Unis et l’Iran. Le cuivre poursuit sa progression, porteur pour les recettes d’exportation congolaises, tandis que le cobalt reste stable à un niveau élevé. Le recul des céréales s’explique par des conditions climatiques favorables aux récoltes dans plusieurs régions productrices mondiales — une bonne nouvelle pour la facture d’importation alimentaire de la RDC, même si l’effet ne se ressent pas encore sur les marchés locaux.

Finances publiques : un déficit de 1 644,1 milliards de CDF

Selon les statistiques provisoires de mai 2026, les régies financières n’ont pas atteint leurs assignations malgré l’échéance fiscale du premier acompte provisionnel de l’impôt sur les bénéfices et profits. Les recettes se sont établies à 2 077,7 milliards de CDF pour une prévision de 2 341,5 milliards, soit un taux de réalisation de 88,7 % : la DGI a mobilisé 981,8 milliards (94,3 %), la DGDA 611,0 milliards (99,6 %) et la DGRAD 484,9 milliards, en net retrait avec 70,6 % de réalisation.

En face, les dépenses ont atteint 3 721,8 milliards de CDF, dont 67,8 milliards pour les salaires des agents et fonctionnaires et 436,8 milliards au titre des frais financiers, dégageant un déficit de trésorerie de 1 644,1 milliards de CDF, financé en grande partie par les titres publics. En cumul annuel au 29 mai, le déficit s’établit à 1 561,4 milliards de CDF, pour des recettes de 12 673,3 milliards et des dépenses de 14 234,7 milliards. Pour juin 2026, le plan de trésorerie de l’État prévoit 1 970,1 milliards de CDF de recettes et 2 302,1 milliards de dépenses.

Sur le marché des titres publics, l’adjudication du 2 juin a porté sur 70,0 millions USD d’Obligations du Trésor en devises à 2 ans et 8 % — les souscriptions ont atteint 89,3 millions USD, soit un taux de couverture de 127,6 %. L’encours global des titres publics atteint 6 653,4 milliards de CDF au 3 juin, contre 6 510,0 milliards la semaine précédente.

Inflation : l’alimentaire représente 80 % de la hausse hebdomadaire

Le taux d’inflation hebdomadaire est resté stable à 0,17 %, mais sa structure s’est durcie : la fonction « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » représente désormais 80,0 % de l’évolution de l’indice global, contre 73,5 % la semaine précédente. Les transports (7,5 %), les restaurants et hôtels (4,6 %), les biens et services divers (3,8 %) et la santé (3,6 %) complètent le tableau.

Sur le terrain, les contraintes logistiques continuent de peser sur les prix : à Kindu, le kilogramme de riz est passé de 2 100 à 2 500 CDF et celui de maïs de 2 500 à 3 000 CDF. À Kongolo, le maïs a grimpé jusqu’à 9 000 CDF le kilogramme sous l’effet d’une forte demande, tandis que l’huile de palme et les arachides ont également connu des hausses. En cumul et glissement annuel, l’inflation atteint respectivement 4,2 % et 2,7 %, contre 3,8 % et 8,9 % un an plus tôt, pour un objectif de 7,0 % fixé par la BCC.

Climat des affaires et perspectives de croissance

Le baromètre de conjoncture confirme l’optimisme persistant des chefs d’entreprise : le solde global des opinions atteint +42,4 % en avril, contre +41,9 % en mars. Les industries extractives (+45,6 %) et la construction (+47,3 %) tirent cette amélioration, tandis que l’électricité et l’eau reculent légèrement (+23,9 % contre +26,6 %). L’industrie manufacturière (+27,8 %) et les services (+29,3 %) affichent des progressions modérées.

Sur la croissance 2026, le Comité Permanent de Cadrage Macroéconomique (CPCM) table sur 6,2 % du PIB réel, contre 5,7 % estimés pour 2025, porté par les minéraux non ferreux (+9,4 % de valeur ajoutée) et une relance hors mines à 5,0 %. Le FMI, dans le cadre de la troisième revue du programme FEC-FRD, retient une projection plus prudente de 5,6 %, portée par le BTP, les services, l’agriculture et le secteur manufacturier.

Par N. BAF