Kinshasa, 10-11 juin 2026

La ministre d’État en charge des Hydrocarbures de la République démocratique du Congo (RDC), Acacia Bandubola Mbongo, a été auditionnée mercredi et jeudi par la commission Environnement, Tourisme, Ressources naturelles et Développement durable de l’Assemblée nationale, sur l’état des stocks stratégiques de produits pétroliers du pays.
Les questions des députés ont couvert l’ensemble du dossier : l’état actuel des stocks, les capacités nationales de stockage et leur répartition sur le territoire, les mécanismes de constitution et de renouvellement de ces réserves, le niveau d’autonomie qu’elles permettraient en cas de rupture prolongée des approvisionnements internationaux, ainsi que les mesures préventives envisagées face aux risques de perturbation du marché pétrolier mondial.
Un potentiel considérable, encore largement sous-exploité
Dans son exposé, la ministre a rappelé que la RDC dispose d’un potentiel en hydrocarbures considérable, encore largement sous-exploité. Sa lettre de mission, fixée par la Première ministre, lui confie quatre priorités : renforcer les capacités de l’administration des hydrocarbures, intensifier les recherches géologiques et pétrolières, promouvoir l’image de la RDC comme destination fiable pour les investissements étrangers dans le secteur, et améliorer l’approvisionnement du pays en produits pétroliers.
Pour répondre à ces missions, plusieurs réformes structurelles ont été engagées : lutte contre la fraude et la contrebande des produits pétroliers, politique de présence sur le terrain pour constater et agir, renforcement du cadre normatif, création d’une commission mixte de vérification des documents avant délivrance des titres, renforcement des capacités administratives, régulation de l’approvisionnement, inventaire-bilan des infrastructures avec études de faisabilité, et travail sur l’attractivité globale du secteur.
Une loi sur le GPL pour réduire la dépendance au bois-énergie

Sur le plan environnemental, la ministre a indiqué avoir engagé l’élaboration d’une loi sur le gaz de pétrole liquéfié (GPL), destinée à encourager des modes de cuisson plus propres et à réduire la pression sur les forêts liée à l’usage du bois et du charbon de bois. Ce texte, qui s’inscrit dans les engagements internationaux de la RDC en matière de lutte contre le réchauffement climatique, pourrait être déposé au Parlement fin juillet 2026.
Pas encore de stock physique », mais une situation « en voie d’être réglée »
Sur la question centrale du stock stratégique, encadré par l’article 229 du décret en vigueur, la ministre a reconnu que la RDC ne dispose pas, à ce jour, de stocks stratégiques physiques entreposés dans des réservoirs dédiés. Cette situation devrait toutefois être réglée dans les prochains jours, a-t-elle assuré.
L’explication tient à l’historique du mécanisme : depuis plusieurs années, la quotité prélevée dans la structure des prix au titre de l’effort de reconstruction et du stock stratégique n’a jamais été matérialisée en réserves physiques. Ces fonds ont servi à financer la consommation prioritaire des services de l’État, notamment les forces de défense et de sécurité. Désormais, une partie de ces sommes sera affectée à la constitution effective d’un stock physique et à la reconstruction d’infrastructures critiques ayant atteint leur seuil de saturation.
Au total, 45 questions, sans compter les observations, ont été adressées à la ministre, qui disposait de 24 heures pour y répondre. Lors de la séance de réponses, jeudi, elle a notamment rappelé que le secteur des hydrocarbures est centralisé : les gouverneurs de province ne peuvent créer de nouvelles taxes sur le carburant sans passer par les ministères des Hydrocarbures et de l’Économie. Au terme de l’audition, les députés membres de la commission ont salué la maîtrise du dossier par la ministre et lui ont assuré leur accompagnement.
La transparence sur les stocks stratégiques de carburant est un enjeu de sécurité économique de premier plan pour la RDC. Le pays a connu à plusieurs reprises des tensions d’approvisionnement, comme en témoignent les pertes et manques à gagner (PMAG) de 43,7 millions USD certifiés pour le premier trimestre 2026 dans le sillage du conflit Iran-Israël. L’absence de réserves physiques expose le pays à une vulnérabilité accrue en cas de choc d’approvisionnement international — un constat que la ministre elle-même a reconnu devant les représentants de la nation.
Par G. M