
C’est depuis Kinshasa, en vidéoconférence, que Julien Paluku, Ministre du Commerce Extérieur de la République démocratique du Congo, a pris la parole ce vendredi 15 mai 2026 devant les étudiants, professeurs et chercheurs de l’Université de l’Assomption au Congo (UAC), réunis à Butembo, ville de l’Est du pays.
La conférence portait sur un thème ambitieux : « La compétitivité des produits agricoles de la RDC sur le marché mondial : paradoxes, défis et stratégies ».
D’emblée, le ministre a posé le diagnostic avec clarté. Dans un pays dont les exportations restent largement tributaires des cours des métaux (cuivre, cobalt, coltan), l’agriculture ne peut plus être reléguée au second plan. « L’enjeu de la compétitivité agricole n’est plus seulement une question de sécurité alimentaire, mais une condition de survie économique face à la volatilité des cours des métaux », a-t-il déclaré, donnant le ton d’une intervention résolument tournée vers l’avenir.
Devant son auditoire, Julien Paluku a mis en lumière un paradoxe frappant : la RDC dispose de terres parmi les plus fertiles du continent africain, et pourtant ses produits agricoles peinent à s’imposer sur les marchés internationaux. La raison, selon lui, ne tient pas au prix (souvent compétitif) mais à l’incapacité structurelle à satisfaire les exigences techniques des pays importateurs. « Pour exporter, le prix ne suffit plus : il faut impérativement franchir la barrière technique des mesures sanitaires et phytosanitaires », a-t-il insisté.

Les échanges avec la salle ont permis de mettre en lumière les principaux freins au développement du secteur : un déficit énergétique chronique qui renchérit la production, des infrastructures logistiques défaillantes qui isolent les bassins agricoles des points d’exportation, et une insécurité persistante dans certaines régions du pays qui décourage les investisseurs et fragilise les filières locales.
Face à ces obstacles, le ministre a proposé une réponse articulée autour de trois leviers stratégiques. Le premier, qu’il appelle « la diplomatie de la conformité », vise à obtenir la reconnaissance internationale des normes congolaises pour fluidifier l’accès des produits aux marchés étrangers ; le deuxième, « la taxation intelligente », prône un allègement fiscal sur la production agricole afin de stimuler l’investissement et améliorer la compétitivité ; le troisième, « l’arrimage sectoriel », appelle à une cohérence accrue entre les politiques de sécurité, de commerce, d’industrie, d’agriculture et de transport. Des domaines trop souvent cloisonnés alors qu’ils conditionnent ensemble la performance des filières.
Tout au long de son intervention, Julien Paluku est revenu sur la nécessité de bâtir une marque nationale forte. Le « Made in DRC » doit devenir synonyme de qualité sanitaire autant que de richesse naturelle », a-t-il affirmé, appelant à un changement de regard, d’abord interne, sur les produits congolais.
En clôture, le ministre a invité les participants à prolonger cette réflexion à travers ses travaux et productions scientifiques, soulignant que la transformation du secteur agricole est une responsabilité partagée — celle des décideurs, mais aussi celle des chercheurs et des jeunes générations qui forment aujourd’hui l’université congolaise.
La rédaction / Chiffres & Conjoncture