Inflation en légère hausse, excédent budgétaire record : les paradoxes de la conjoncture congolaise

Kinshasa, semaine du 12 au 22 mai 2026

L’économie de la République démocratique du Congo (RDC) affiche, sur la troisième semaine de mai 2026, des signaux contradictoires mais globalement encourageants. D’un côté, l’inflation hebdomadaire se tend légèrement ; de l’autre, les finances publiques enregistrent des performances qui dépassent les prévisions.

L’alimentation, moteur de l’inflation

Le taux d’inflation hebdomadaire s’est établi à 0,18 % pour la troisième semaine de mai, contre 0,15 % la semaine précédente. La fonction « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » a contribué à hauteur de 79,6 % de l’évolution de l’indice des prix à la consommation (IPC), contre 77,5 % la semaine précédente.

Derrière ce chiffre se cachent des réalités logistiques concrètes. Dans le Kasaï-Central, la dégradation persistante de la route Kananga–Kalamba Mbuji perturbe l’approvisionnement des marchés en maïs. Au Maniema, les travaux de réhabilitation de la Route nationale et les difficultés de circulation des citernes de carburant affectent les chaînes logistiques locales. Sur la RN1, les embouteillages au péage de Kasangulu — où des véhicules restent bloqués quatre à cinq jours en raison des travaux d’asphaltage — perturbent les circuits entre le Kongo central et Kinshasa. Les fortes précipitations dans plusieurs régions aggravent ces tensions.

Le groupe « Logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles » constitue le deuxième poste de contribution à l’IPC, avec 10,3 % contre 8,9 % la semaine précédente. Les postes « Restaurants et hôtels » (4,5 %), « Meubles et articles de ménage » (3,1 %) et « Santé » (2,1 %) complètent le tableau. Les autres fonctions — transports, habillement, communications, loisirs — affichent des contributions quasi nulles.

En cumul annuel, l’inflation s’établit à 3,8 % au 22 mai 2026, contre 3,3 % à la même date en 2025. En glissement annuel, elle ressort à 2,6 %, contre 9,5 % un an auparavant — largement en dessous de l’objectif de moyen terme fixé à 7,0 %. Cette désinflation structurelle constitue l’un des acquis les plus significatifs de la politique monétaire congolaise ces douze derniers mois.

Un excédent de trésorerie qui dépasse les prévisions

Le Trésor public congolais a réalisé en avril 2026 un excédent de trésorerie de 1 588,2 milliards de francs congolais (CDF), soit près du double de l’excédent programmé de 870,6 milliards. Les recettes de l’État se sont chiffrées à 4 891,1 milliards de CDF, dégageant un taux de réalisation de 109,6 %. Les dépenses ont été exécutées à hauteur de 3 303,0 milliards de CDF sur 3 592,1 milliards prévus, dont 2 000,0 milliards consacrés à la régularisation des salaires des agents et fonctionnaires. Au 22 mai, les recettes du mois atteignaient déjà 70 % des prévisions.

En avril 2026, une adjudication d’Obligations du Trésor en devises à 18 mois au taux de 9 % a permis de lever 57,5 millions USD pour un objectif de 50,0 millions. Le 12 mai, une nouvelle adjudication à 2 ans rémunérée à 8 % a rapporté 86,5 millions USD pour un objectif de 70,0 millions, soit un taux de couverture de 123,7 % — signe d’un appétit croissant des investisseurs pour les titres souverains congolais. Au 21 mai, l’encours global des titres publics s’élevait à 6 505,5 milliards de CDF.

L’IPC (Indice des prix à la consommation) mesure l’évolution du niveau général des prix payés par les ménages pour un panier de biens et services. Le taux de couverture d’une adjudication compare le montant des soumissions reçues au montant mis en vente : un taux supérieur à 100 % signifie que la demande des investisseurs a dépassé l’offre, signal de confiance envers l’émetteur.

Par N. BAF