Kinshasa, 3 juin 2026

Le ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, a ouvert mardi à Kinshasa les travaux d’un atelier national sur l’inclusion financière et la promotion des investissements dans le secteur agricole de la République démocratique du Congo (RDC). La rencontre, organisée par le ministère de l’Agriculture avec l’appui de la Primature, a réuni producteurs agricoles, banques, coopératives, microfinances, compagnies d’assurance, investisseurs et partenaires techniques autour d’une question centrale : comment financer efficacement l’agriculture congolaise ?
Un crédit agricole qui contourne les producteurs
Les données présentées à l’atelier révèlent un paradoxe structurel : environ 19 % des crédits accordés en RDC concernent formellement le secteur agricole, mais une grande partie bénéficie davantage aux services connexes et aux exportateurs qu’aux producteurs eux-mêmes, ceux qui travaillent la terre au quotidien.
« Nous ne pouvons pas développer notre agriculture si nous ne disposons pas nous-mêmes de produits financiers adaptés à nos réalités », a déclaré Muhindo Nzangi Butondo, appelant à la mise en place de nouveaux mécanismes de financement pensés pour les conditions concrètes des agriculteurs congolais.
Les échanges ont porté sur les innovations agricoles, la digitalisation des services financiers et les expériences de terrain dans les filières café-cacao et production vivrière. Des exemples tirés d’Asie et d’Amérique latine ont montré que l’implication stratégique de l’État peut faire la différence dans le succès des mécanismes de financement agricole. La Banque centrale du Congo était représentée à haut niveau, par sa directrice générale adjointe.

Un guichet unique agricole et des résultats attendus
Parmi les résultats concrets attendus de cet atelier figurent l’amélioration de l’accès au financement agricole, la conception de produits financiers adaptés aux producteurs, le développement de mécanismes d’assurance agricole tenant compte des réalités congolaises, ainsi que la promotion des investissements agricoles et des infrastructures rurales. Le ministre a également annoncé la volonté de son ministère de créer un Guichet unique agricole pour accompagner les investisseurs dans leurs démarches administratives.
« Nous n’avons pas nécessairement besoin d’aller chercher l’argent ailleurs. Le Congo est un géant endormi qui dispose d’énormes potentialités », ont soutenu plusieurs intervenants.
Cet atelier s’inscrit dans la vision présidentielle de faire triompher la « revanche du sol sur le sous-sol ». En RDC, l’agriculture emploie plus de 70 % de la population active mais reçoit moins de 3 % des financements publics. Sans accès au crédit formel, les producteurs restent prisonniers de circuits informels à taux usuraires, incapables d’investir dans des intrants, des semences améliorées ou du matériel agricole. Construire un système financier inclusif adapté à l’agriculture est, à ce titre, un préalable à toute politique de sécurité alimentaire crédible.
Par A. E.