Le Congo construit

De la première usine de tracteurs aux forêts monétisées, des douanes modernisées aux ports en chantier : la semaine du 1er au 5 juin 2026 a été celle d’un pays qui s’emploie à transformer ses ambitions en béton, en acier et en textes de loi.

Par N. BAF

Kinshasa, 5 juin 2026

Mbanza-Ngungu, Kinshasa, Lubumbashi, Mbujimayi, Kalemie : en cinq jours, l’activité économique congolaise s’est écrite depuis autant de directions à la fois. C’est peut-être là le signe le plus frappant de cette semaine — non pas un événement unique, mais la simultanéité de chantiers qui, pris ensemble, donnent à voir une République démocratique du Congo qui construit.

Construire, d’abord, au sens le plus littéral. À Mbanza-Ngungu, la première pierre d’une usine de fabrication de tracteurs a été posée vendredi. Derrière l’image de cérémonie se cachent des chiffres qui méritent d’être lus sérieusement : 5 000 tracteurs par an nécessaires, 3 000 déjà commandés, 2 000 emplois attendus. Dans un pays où le taux de mécanisation agricole est parmi les plus faibles du continent et où 80 millions d’hectares de terres arables dorment en grande partie inutilisées, cette usine n’est pas un gadget protocolaire. C’est une réponse industrielle à un déficit structurel. La vraie question n’est pas de savoir si le projet est symbolique — il l’est inévitablement — mais si les étapes qui suivront la pose de cette première pierre seront aussi concrètes qu’annoncées. L’histoire des projets industriels en RDC invite à la prudence. Mais l’intention est là, et elle est lisible.

Construire, ensuite, au sens institutionnel. Le lancement d’un guichet numérique unique pour les services publics, l’adoption d’une stratégie nationale de monétisation des forêts, l’adhésion de la RDC à l’Accord international sur le cacao, la réouverture de l’aéroport de Bunia avec protocole sanitaire : ce sont des décisions de structure, discrètes, qui conditionnent la capacité du pays à fonctionner autrement. Le guichet numérique, en particulier, mérite attention. Dans une économie où la fragmentation administrative est citée par presque tous les investisseurs comme un frein de premier rang, simplifier l’accès aux services de l’État est un levier aussi puissant qu’une route ou un port. Et moins spectaculaire. C’est peut-être pour ça qu’on en parle si peu.

Construire, encore, au sens de la responsabilité. La semaine a vu le ministre des Mines comparaître devant l’Assemblée nationale pour rendre compte de la dotation de 0,3 % — ces fonds miniers théoriquement destinés aux communautés riveraines des exploitations. Elle a vu une commission parlementaire du Haut-Katanga descendre dans les mines pour vérifier que l’État reçoit ce qui lui est dû. Elle a vu la suspension des activités minières autour du Parc national de la Maiko, après des années d’extraction illicite qui menaçaient l’un des massifs forestiers les plus riches du monde. Ces signaux ne font pas les unes. Mais ils disent quelque chose d’important sur un État qui essaie — imparfaitement, avec ses contradictions — de reprendre la main sur ses ressources.

Ce tableau serait incomplet sans ses zones d’ombre. À Mbujimayi, un pylône électrique penche dangereusement au-dessus du pont Lubilanji parce que des creuseurs artisanaux en ont fragilisé les massifs. À Kinshasa, 19 % seulement des crédits bancaires atteignent réellement les producteurs agricoles. Et avec un taux d’accès à l’électricité de 21 %, l’ANSER fixe à 50 % son objectif pour 2030 — un objectif nécessaire, mais dont la distance par rapport à la réalité du terrain mérite d’être regardée en face. Dans ce pays, la promesse et le concret coexistent souvent dans le même communiqué.

Au fond, la semaine du 1er au 5 juin 2026 illustre une vérité que ce magazine s’attache à documenter chaque semaine : la RDC est un pays de chantiers. Certains avancent. D’autres s’ouvrent. Quelques-uns s’enlisent. Ce qui compte, c’est de savoir lesquels sont lesquels.