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C’est une anomalie qui pèse lourd sur le quotidien des habitants de Kisangani et sur l’économie de toute la province de la Tshopo. À la pompe, le prix du carburant varie selon la provenance du produit. Une disparité que le gouverneur de province, Paulin Lendongolia, a officiellement reconnue ce lundi, avant de prendre l’avion pour Kinshasa afin d’y trouver une solution.
Deux lignes, deux réalités
Tout part d’une particularité géographique et logistique propre à la Tshopo. Contrairement à d’autres provinces congolaises approvisionnées par un seul circuit, Kisangani est ravitaillée par deux voies distinctes : la ligne Ouest, en provenance de Kinshasa, et la ligne Est, transitant par les pays voisins. Or ces deux circuits ne supportent pas les mêmes charges fiscales et logistiques, ce qui crée mécaniquement un écart de prix à la revente.
Le gouverneur Lendongolia l’explique sans détour :
Les carburants que nous utilisons à Kisangani proviennent de deux lignes de ravitaillement qui n’ont pas les mêmes charges. Les pétroliers de l’Ouest appliquent les prix structurés par Kinshasa, alors que ceux de l’Est éprouvent des difficultés à s’aligner. »
En clair, les opérateurs pétroliers approvisionnés depuis Kinshasa bénéficient de prix encadrés par l’État et de mécanismes de compensation, tandis que leurs homologues de l’Est doivent absorber seuls des coûts bien plus élevés. Une inégalité de traitement qui se répercute directement sur le consommateur final.
Une fracture qui frappe les ménages
Au-delà du simple écart à la pompe, c’est toute l’économie locale qui en pâtit. Le carburant est le nerf de la guerre dans une province aussi vaste que la Tshopo : il conditionne le coût du transport, des marchandises, et in fine le pouvoir d’achat des ménages déjà fragilistés. La hausse des coûts du transport se répercute inexorablement sur les produits de première nécessité, aggravant les conditions de vie d’une population qui n’a pas les moyens d’absorber ces surcoûts.
Kinshasa en ligne de mire
Face à cette situation, le gouverneur Lendongolia a choisi l’action directe. Il a quitté Kisangani ce lundi pour la capitale, où il doit rencontrer le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale. L’objectif est clair :
Les pétroliers de l’Ouest bénéficient des exonérations et des mécanismes de compensation de l’État, contrairement à ceux de l’Est. Nous partons pour que le traitement soit harmonisé de part et d’autre. »
La délégation qui l’accompagne témoigne du sérieux de la démarche : des représentants de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), des opérateurs pétroliers de la province et des experts de son cabinet ont fait le déplacement. Une coalition d’acteurs qui entend peser de tout son poids dans les négociations avec le gouvernement central.
Un test pour la cohésion économique nationale
Cette mission dépasse le simple cadre d’un réajustement tarifaire. Elle pose en réalité une question de fond : comment l’État congolais peut-il garantir une équité économique sur l’ensemble du territoire national, dans un pays aux dimensions continentales où les réalités logistiques varient radicalement d’une province à l’autre ?
La réponse que Kinshasa apportera à la délégation de la Tshopo sera scrutée de près. Car derrière les chiffres à la pompe, c’est la capacité de l’État à protéger le pouvoir d’achat de tous ses citoyens — qu’ils vivent à l’ouest ou à l’est du pays — qui est en jeu.
La rédaction / Chiffres & Conjoncture