Croissance à 6,2 %, inflation à 0,17 % : la conjoncture congolaise tient le cap mais le panier des ménages reste sous tension

Kinshasa, 4 juin 2026

La note de conjoncture de la Banque Centrale du Congo (BCC) au 29 mai 2026 dresse un tableau globalement favorable de l’économie de la République démocratique du Congo (RDC) : une croissance attendue à 6,2 % pour l’exercice 2026, une inflation hebdomadaire contenue à 0,17 %, et un optimisme des chefs d’entreprise à son plus haut niveau depuis plusieurs mois. Mais derrière ces agrégats positifs, les pressions sur les prix alimentaires et énergétiques continuent d’éroder le quotidien des ménages.

Les prévisions du Comité Permanent de Cadrage Macroéconomique (CPCM) tablent sur une croissance du PIB réel de 6,2 % en 2026, contre 5,8 % estimés pour 2025. Le moteur principal reste les industries extractives : la valeur ajoutée des minéraux non ferreux devrait progresser de 9,4 %, portée par une demande mondiale soutenue en cuivre, cobalt et or. En parallèle, les activités hors mines confirment leur relance, avec une croissance attendue à 5,0 % contre 4,8 % l’année précédente.

Le FMI, dans le cadre de la troisième revue du programme FEC-FRD, projette quant à lui une croissance légèrement plus prudente de 5,6 %, portée par le dynamisme attendu du BTP, des services, de l’agriculture et du secteur manufacturier — un signal encourageant de diversification économique progressive.

Le baromètre de conjoncture de la BCC confirme cet élan : le solde global des opinions des chefs d’entreprise a atteint +42,4 % en avril 2026, contre +41,9 % en mars, porté par les branches industries extractives, construction et, dans une moindre mesure, électricité et eau.

Une inflation hebdomadaire stable, mais une structure préoccupante

L’inflation hebdomadaire s’est stabilisée à 0,17 % lors de la quatrième semaine de mai, contre 0,18 % la semaine précédente. En variation mensuelle, elle a ralenti significativement, passant de 0,98 % en avril à 0,67 % en mai — une amélioration tangible.

Mais la structure de cette inflation reste révélatrice des fragilités de l’économie congolaise. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées concentrent 73,5 % de la variation totale de l’indice, avec une prédominance des légumes (29,8 %) et du pain et céréales (17,8 %). Le groupe logement, eau et énergie contribue pour 11,5 %, les meubles et articles de ménage pour 7,8 %.

Poste de consommationContribution à l’inflation hebdoÉvolution hebdo
Produits alimentaires et boissons73,5 %
dont : Légumes29,8 %+0,235 %
dont : Pain et céréales17,8 %+0,446 %
dont : Viandes4,5 %
dont : Poisson7,6 %
dont : Huiles et graisses4,0 %
Logement, eau, énergie11,5 %
Meubles et articles de ménage7,8 %
Transports3,8 %
Communications, loisirs, enseignement~ 0 %Stable

Source : Banque Centrale du Congo, note de conjoncture au 29 mai 2026

Des matières premières congolaises en territoire positif

Sur les marchés internationaux, les matières premières stratégiques de la RDC affichent une tendance favorable pour la semaine close au 28 mai 2026. La tonne de cuivre a progressé de 1,5 % à 13 723,2 USD, soit une hausse de 9,4 % depuis fin 2025 et de 46,4 % en glissement annuel. Le cobalt s’est stabilisé à 55 604,0 USD la tonne, en hausse de 6,7 % par rapport à fin 2025 et de 68,4 % sur douze mois — un chiffre qui illustre l’appétit mondial pour ce métal clé des batteries électriques.

L’or a légèrement reculé de 0,9 % à 4 504,5 USD l’once, tout en restant en hausse de 36,7 % sur un an. Le pétrole, lui, a subi un repli marqué de 9,6 % à 92,7 USD le baril, sous l’effet conjugué de la discipline de l’OPEP+ et des anticipations d’une détente au Moyen-Orient.

Du côté des céréales, le blé a reculé de 4,0 % à 229,4 USD la tonne, en raison de meilleures perspectives de récolte en Russie et d’une demande internationale modérée. Le riz s’est établi à 285,4 USD (-0,6 %) et le maïs à 167,6 USD (-1,5 %). Ces baisses, bien que marginales sur la semaine, sont positives pour un pays comme la RDC dont les marchés urbains dépendent fortement des importations de blé et de riz.

La RDC est à la fois producteur majeur de matières premières critiques et importateur net de produits alimentaires transformés. Cette double position l’expose à des effets de ciseau : lorsque les cours des matières premières qu’elle exporte montent, ses recettes s’améliorent ; mais lorsque les prix des denrées importées augmentent aussi — comme c’est le cas depuis plusieurs mois pour le riz et le blé — les ménages les plus vulnérables en paient directement le coût sur les marchés locaux. C’est cette tension structurelle que reflète l’inflation alimentaire persistante, malgré des indicateurs macroéconomiques globalement favorables.

Par N. BAF