Kinshasa, 4 juin 2026

La Banque Centrale du Congo (BCC) publie des chiffres financiers qui dessinent une semaine contrastée pour la République démocratique du Congo (RDC) : le franc congolais s’apprécie sur le marché interbancaire mais se déprécie au parallèle, les réserves internationales fléchissent, et les finances publiques affichent une dépense supérieure aux recettes malgré des mobilisations solides. Dans ce contexte, la banque centrale maintient une posture monétaire prudente et mesurée.
Le franc en ordre dispersé sur les deux marchés
À la clôture du 29 mai 2026, le dollar américain s’échangeait à 2 242,85 CDF sur le marché interbancaire et à 2 301,39 CDF sur le marché parallèle. Par rapport au 22 mai, le franc congolais s’est apprécié de 0,19 % sur le marché formel, mais s’est déprécié de 0,27 % au parallèle. En glissement annuel, la tendance diverge également : -2,74 % à l’interbancaire, +0,39 % au parallèle.
Les réserves internationales brutes se sont établies à 7 520,72 millions USD au 28 mai, en baisse hebdomadaire de 250,35 millions USD, garantissant une couverture de 2,87 mois d’importations — légèrement en deçà du seuil de trois mois recommandé par les institutions financières internationales. La parité euro-dollar est restée stable à 1,16 USD pour 1 EUR.
Des finances publiques sous tension structurelle
La situation financière de l’État pour la période sous revue révèle un déséquilibre entre recettes et dépenses. Les régies financières ont mobilisé 1 994,6 milliards de CDF, répartis entre la DGI (impôts directs et indirects) : 974,3 milliards, la DGDA (douanes et accises) : 581,6 milliards, et la DGRAD (parafiscalité) : 438,6 milliards.

En face, les dépenses publiques ont atteint 3 663,9 milliards de CDF, dont 1 157,7 milliards consacrés aux salaires des agents et fonctionnaires de l’État et 37,2 milliards aux frais financiers. Cet écart recettes-dépenses souligne la dépendance de l’État à d’autres sources de financement, notamment les emprunts intérieurs.
Le marché des titres publics reste dynamique
Sur le marché intérieur de la dette, le Trésor entend lever au 2 juin 2026 un montant de 70 millions USD au titre des obligations à 2 ans rémunérées à 8 % — une opération dans la lignée des adjudications précédentes, toutes sur-souscrites. L’encours global des titres publics s’est établi à 6 510,0 milliards de CDF au 27 mai, contre 6 505,5 milliards une semaine plus tôt.
Sur le front de la liquidité bancaire, la BCC a absorbé 92,0 milliards de CDF au moyen du Bon BCC. Le guichet de prêt marginal a enregistré un volume de 50,0 milliards de CDF sur la semaine, en net repli par rapport aux 175,0 milliards de la semaine précédente. Sur le marché interbancaire (MIB), le volume hebdomadaire des transactions a atteint 33,0 milliards de CDF.
La dollarisation de l’épargne, un défi structurel persistant
Les données à fin avril 2026 illustrent la profonde dollarisation du système bancaire congolais. L’encours global des dépôts bancaires s’est établi à 17 440,32 millions USD, en baisse mensuelle de 0,5 % — tirée vers le bas par un recul de 13,2 % des dépôts en monnaie nationale, partiellement compensé par une hausse de 1,5 % des dépôts en devises. Au total, les dépôts en devises représentent 88,1 % du total des dépôts bancaires. Les ménages (32,6 %) et les entreprises privées (37,1 %) dominent la structure des dépôts.
Du côté du crédit, l’encours brut a progressé de 1,48 % en avril à 10 615,83 millions USD, tiré notamment par les concours à l’administration publique centrale (+39,8 %). Les réserves obligatoires en devises ont, quant à elles, quasiment doublé entre juillet 2025 et fin mai 2026, passant de 512,8 à 983,3 millions USD, reflet d’une accumulation des dépôts en devises dans le système bancaire.
Une politique monétaire délibérément prudente
Lors de sa deuxième réunion de l’année, le 9 avril 2026, le Comité de Politique Monétaire (CPM) a abaissé le taux directeur de 1,5 point de pourcentage, le faisant passer de 15,0 % à 13,5 % — tout en maintenant un taux d’intérêt réel largement positif, avec un écart de 11,3 points par rapport à l’inflation en glissement annuel. Le CPM a également introduit une maturité de 6 mois pour le Bon BCC, afin d’améliorer la gestion de la liquidité bancaire.
Le marché interbancaire (MIB) est la plateforme sur laquelle les banques commerciales s’échangent des liquidités entre elles et avec la Banque centrale. Le taux directeur est le taux auquel la BCC prête aux banques commerciales : en l’abaissant, la BCC encourage la distribution de crédit à l’économie. La dollarisation désigne le phénomène par lequel les agents économiques préfèrent utiliser et épargner en devises étrangères plutôt qu’en monnaie nationale — signe d’une confiance encore fragile dans le franc congolais malgré les progrès récents de la politique monétaire.
Par N. BAF