L’IGF tourne la page de la sanction pour embrasser la prévention : le contrôle systémique entre en phase d’application

Kinshasa, 9 juin 2026

Christophe Bitasimwa, inspecteur général des finances chef de service.

L’Inspection générale des finances (IGF) de la République démocratique du Congo (RDC) a consacré le deuxième jour de son séminaire de renforcement des capacités des médias et de la société civile à la présentation concrète du contrôle systémique, nouvelle doctrine de contrôle financier que l’institution entend déployer à travers son plan stratégique triennal 2026-2028.

La RDC n’a pas d’autre choix que d’embrasser les méthodes qui ont fait leurs preuves ailleurs. Le contrôle systémique n’est pas une innovation théorique : c’est une pratique courante dans les inspections des finances à travers le monde. Notre administration doit s’adapter aux exigences de la mondialisation », a déclaré Christophe Bitasimwa, inspecteur général des finances chef de service.

De la sanction à la prévention

Le basculement conceptuel est radical. Pendant des décennies, l’IGF a fonctionné comme un « gendarme financier », intervenant après les faits pour constater les irrégularités, les fraudes et les détournements. Le contrôle systémique inverse cette logique : il s’agit d’auditer les systèmes d’information, de cartographier les risques et de corriger les failles structurelles avant que les irrégularités ne se produisent. L’objectif est de passer d’un contrôle de régularité a posteriori à un contrôle préventif, permanent et en temps réel.

Pour y parvenir, Bitasimwa a posé une condition sine qua non :

L’efficacité du contrôle systémique dépendra directement du niveau de digitalisation des administrations publiques. Sans une interconnexion rigoureuse des chaînes de recettes, des ministères dépensiers et des entreprises du portefeuille de l’État, l’IGF ne pourra pas exercer un contrôle en temps réel. »

Cette mutation repose sur une transformation numérique profonde : l’IGF doit être capable d’accéder en temps réel aux données de l’ensemble des circuits financiers de l’État — fiscaux, douaniers, budgétaires, parafiscaux, bancaires — pour détecter les anomalies et les risques systémiques avant qu’ils ne se transforment en pertes pour le Trésor. Le contrôle systémique représente un changement de paradigme profond pour une institution qui s’est longtemps définie par sa capacité à punir après coup. Son succès dépendra autant de la volonté politique de digitaliser l’administration que des ressources techniques dont disposera l’IGF pour accéder aux données en temps réel. Le plan triennal 2026-2028, évalué à 39 millions USD, constitue le cadre opérationnel de cette transformation.

Par N. BAF