Lithium : Manono vise 500 000 tonnes de concentré, la RDC entre dans la course mondiale aux batteries

Manono (Tanganyika), 10 juin 2026

Vue d’une mine

La République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à franchir une étape majeure dans la valorisation de ses minerais stratégiques. Après le cuivre et le cobalt, le pays entre officiellement dans la course mondiale au lithium — métal indispensable à la fabrication des batteries pour véhicules électriques, smartphones et systèmes de stockage d’énergie. À Manono, dans la province du Tanganyika, la société Manono Lithium prévoit de produire dans une première phase environ 500 000 tonnes de concentré de lithium par an, avec un objectif de doublement progressif vers près d’un million de tonnes annuelles.

La transformation locale, particularité du projet

Pour Eddas Lwaba Kitwa, chef du personnel de Manono Lithium, la particularité du projet réside dans la transformation locale du minerai.

Le projet produira annuellement environ un million de tonnes de concentrés de lithium. Par ailleurs, 500 000 tonnes seront transformées en sulfate de lithium. Nous avons une grande usine en construction et cette transformation se fera localement », a-t-il revelé.

Cette stratégie vise à créer davantage de valeur ajoutée en RDC plutôt que d’exporter uniquement du lithium brut. Le sulfate de lithium constitue une matière première essentielle pour la fabrication des batteries rechargeables, utilisées dans l’industrie automobile et les énergies renouvelables.

Une route vers Kalemie, un port à Mutoa

Pour accompagner cette future production, Manono Lithium investit également dans les infrastructures de transport. L’entreprise réhabilite la route reliant Manono à Kalemie afin de faciliter l’acheminement des produits miniers vers le lac Tanganyika. Un port industriel privé est également en construction à Mutoa, pour assurer l’exportation du lithium par voie lacustre vers les marchés internationaux. Ces investissements devraient bénéficier aux populations locales en améliorant l’accès aux infrastructures routières et logistiques dans une région longtemps enclavée. Le projet s’appuie également sur la réhabilitation du barrage hydroélectrique de Mpyana Mwanga pour assurer l’alimentation électrique des installations industrielles.

Une concurrence sino-américaine de plus en plus visible

Si les entreprises chinoises disposent aujourd’hui d’une avance significative à Manono, elles ne sont plus seules sur le terrain. Benjamin Katabuka, directeur général de la société américaine KoBold Metals en RDC, a annoncé que son entreprise prévoit d’investir 50 millions de dollars dans la recherche de nouveaux gisements de lithium.

Nous avons commencé par collecter les échantillons du sol. Nous avons huit permis de recherche dans la région de Manono et de Malemba Nkulu », a affirmé Benjamin Katabuka.

L’entrée en production de Manono pourrait marquer le début d’une nouvelle industrie minière en RDC. Déjà premier producteur mondial de cobalt et acteur majeur du cuivre, le pays ambitionne désormais de s’imposer dans la chaîne de valeur des batteries électriques. Pour les autorités congolaises, l’enjeu sera de transformer cette richesse minérale en opportunités concrètes pour les populations locales, à travers l’emploi, les infrastructures et l’industrialisation.

Par N. BAF