« Un mécanisme à trois jambes dont deux sont cassées » : l’impunité, talon d’Achille de la lutte anticorruption en RDC

Kinshasa, 12 juin 2026

Luzolo Bambi, ministre honoraire de la justice et professeur des universités

L’impunité a été désignée comme le principal obstacle à l’éradication de la corruption en République démocratique du Congo (RDC), lors du séminaire de renforcement des capacités des partenaires de l’Inspection générale des finances (IGF), vendredi à Kinshasa. C’est l’ancien ministre de la Justice et professeur Luzolo Bambi qui a porté ce diagnostic, dans une intervention au ton particulièrement direct.

Le constat, replacé dans une perspective mondiale, ne souffre pas d’ambiguïté :

La corruption n’est pas l’apanage de la RDC, c’est une gangrène mondiale. La différence ne se joue pas dans l’existence du virus, elle se joue dans la réponse immunitaire. »

Pour le professeur, le système immunitaire du pays — son appareil judiciaire — fait face à une inaction coupable, qui favorise le détournement des deniers publics au détriment des infrastructures de base telles que les écoles et les hôpitaux.

Prévention et détection fonctionnent, la répression fait défaut

Luzolo Bambi a schématisé la lutte actuelle comme un mécanisme à trois jambes dont deux sont cassées. La prévention, assurée par l’IGF, et la détection, portée par les médias et la société civile, accomplissent selon lui leurs rôles de lanceurs d’alerte. La répression judiciaire, en revanche, demeure le maillon faible. La formule, devenue le moment fort du séminaire, résonne sans détour :

Tant que la Justice n’envoie pas 50 grands voleurs à Makala pour 20 ans fermes, avec confiscation totale des biens, la corruption aura gagné. »

Quatre mesures radicales

Pour inverser la tendance, le professeur a préconisé quatre mesures : l’instauration d’une peine plancher incompressible de 20 ans pour tout détournement supérieur à 100 000 USD ; la confiscation élargie des biens mal acquis, y compris chez les prête-noms et proches ; la création d’un tribunal spécial anticorruption aux procédures accélérées ; et l’affichage public des condamnés sur un « Mur de la Honte ».

Placée sous l’autorité directe du président de la République, l’IGF s’est imposée ces dernières années comme le pivot de la rupture avec les pratiques de mauvaise gouvernance en RDC. À travers son contrôle concomitant, communément appelé « patrouille financière », l’institution examine les opérations financières des entités publiques en temps réel, bloquant les décaissements suspects avant leur exécution. Cette approche proactive a permis de sauver des centaines de millions de dollars, de stabiliser la chaîne de la dépense publique et d’accroître les recettes de l’État.

Mais comme l’a souligné le professeur Luzolo Bambi, l’action de l’IGF reste administrative et préventive. Ses rapports détaillés sont systématiquement transmis aux parquets généraux, plaçant désormais la justice devant ses responsabilités pour transformer ces audits en condamnations effectives. Ce constat fait écho aux interventions précédentes du séminaire IGF sur le coût économique du dérapage institutionnel : une justice qui ne sanctionne pas est, selon ces intervenants, un facteur de risque que les investisseurs intègrent directement dans leurs décisions.

Par N. BAF