Du port de Matadi aux forêts du bassin du Congo, des marchés de Kinshasa aux mines du Lualaba : la semaine du 25 au 30 mai 2026 a dessiné, en creux, le chantier d’un État qui cherche à prendre en main son destin économique.
Par N. BAF
Kinshasa, 30 mai 2026

Kalemie, Alger, Kinshasa, le Pool Malebo : en six jours, l’économie congolaise s’est écrite depuis quatre directions à la fois. La République démocratique du Congo a signé un mémorandum pétrolier avec l’Algérie, lancé 22 km de voirie dans sa capitale du lithium, adopté une stratégie nationale de monétisation de ses forêts, créé un guichet numérique unique pour ses services publics, remis en ordre une filière minière artisanale qui saignait ses recettes, et vu son gouverneur de banque centrale sacré meilleur du continent. Sur le papier, le tableau est impressionnant. À y regarder de plus près, il est surtout révélateur.
Révélateur d’abord d’une ambition qui s’articule. La semaine a été dominée par une idée centrale : la RDC ne veut plus se contenter de posséder des richesses, elle veut les transformer. À Alger, Acacia Bandubola a posé les jalons d’un partenariat avec la Sonatrach pour maîtriser la chaîne hydrocarbures de l’amont au raffinage. À Kinshasa, le gouvernement a adopté une stratégie forestière qui vise explicitement à faire de la RDC une « puissance carbone » au niveau mondial, à l’instar du Brésil. Au Forum de Lomé et au Katanga Business Meeting de Kolwezi, les ministres congolais ont porté le même message : premier producteur mondial de cobalt, deuxième réserve hydroélectrique de la planète, deuxième forêt tropicale du monde — la RDC dispose d’atouts que peu de nations peuvent revendiquer. La question n’est plus de les nommer, c’est de les valoriser.
Révélateur ensuite d’une gouvernance qui cherche à se raffermir. La suspension des organismes « Dots » dans cinq provinces minières, le passage au Sénat du ministre des Mines pour rendre compte de la lutte contre la contrebande dans la filière cobalt-cuivre, la suspension de trois mois des activités à Mwenga et Shabunda : ces décisions forment un ensemble cohérent. L’État congolais tente de reprendre la main sur des circuits qui lui échappaient, où la valeur générée par ses ressources filait hors de tout contrôle. La création d’un registre numérique des sûretés financières dans le secteur minier, la mise en place d’un guichet numérique pour les services publics — ce sont des outils de traçabilité, et la traçabilité est le premier rempart contre la prédation.
Révélateur enfin de ce qui reste à faire. À Kindu, le haricot a bondi de 50 % faute de routes praticables. Sur les marchés de Kinshasa, le riz BB a augmenté de 12,5 % malgré la suspension de la TVA, parce que les tracasseries fiscales persistent dans les circuits de distribution. Les pêcheurs du Pool Malebo capturent cinq tonnes de poissons par semaine avec des équipements d’un autre âge, alors que la demande en protéines dans la capitale ne cesse de croître. Ces signaux-là ne sont pas anodins : ils disent que les décisions prises dans les salles de conseil des ministres mettent du temps à atteindre les marchés, les villages, les rivières. L’écart entre l’ambition institutionnelle et le quotidien des ménages reste le vrai baromètre de la transformation.
La semaine s’est clôturée sur deux images qui résument bien ce moment particulier que traverse la RDC. D’un côté, André Wameso recevant le trophée de meilleur gouverneur de banque centrale d’Afrique à Brazzaville, consécration d’une politique monétaire qui a ramené l’inflation de 9,5 % à 2,6 % en glissement annuel. De l’autre, les pêcheurs de Kinsuka qui demandent simplement un moteur hors-bord pour doubler leur production et mieux nourrir Kinshasa. Entre ces deux images, il y a toute la distance qui reste à parcourir. Et toute la matière d’un magazine comme le nôtre.