
L’Inspection générale des finances (IGF) franchit un cap stratégique : son inspecteur général chef de service, Christophe Bitasimwa, a présenté mercredi lors d’une conférence de presse à Kinshasa le lancement du contrôle systémique et du Plan stratégique triennal et directeur de digitalisation (SDD-IGF 2026-2028). Le coût global de cette transformation est estimé à 39 millions de dollars américains, soit 13 millions USD par an en moyenne. À ce stade, 22 millions USD de financements sont déjà identifiés, couvrant 56 % des besoins. Un gap de 17 millions reste à combler.
De la patrouille financière au contrôle en temps réel
L’IGF opère depuis 39 ans. Mais son mode de fonctionnement traditionnel a atteint ses limites, selon Bitasimwa, qui dresse un diagnostic sans ménagement de la « patrouille financière » : lourdeur opérationnelle, effets insuffisamment durables, perception négative d’étouffement des gestionnaires, et inadaptation aux flux financiers complexifiés par le numérique. Le contrôle systémique vient y remédier :
« Le contrôle systémique est un contrôle permanent, à temps réel, interconnecté et analytique, centré sur la traçabilité, la cohérence et la performance des systèmes de gestion publique. »
Concrètement, l’IGF ne cherche plus à « attraper un fraudeur » après les faits : elle s’emploie désormais à comprendre et à détecter les failles systémiques qui rendent la fraude possible — logiciels vulnérables, faiblesses administratives, circuits parallèles — afin d’imposer des corrections immédiates dans les procédures, avant que les fonds ne soient détournés. C’est un basculement de la logique punitive vers une logique préventive et analytique.
Un plan en six axes pour une intelligence financière d’État
Le SDD-IGF 2026-2028 se décline en six axes stratégiques : transformation digitale et maîtrise de l’information ; transition vers un contrôle systémique fondé sur le risque ; protection et valorisation du patrimoine public ; renforcement de la gouvernance interne ; développement des ressources humaines ; et coopération internationale. L’objectif final : doter l’IGF d’une vue d’ensemble en temps réel de l’intégralité des circuits financiers du pays — fiscaux, douaniers, budgétaires, bancaires, parafiscaux.
« La nécessité d’adopter un nouveau paradigme basé sur un contrôle systémique et intelligent, fondé sur la maîtrise de la donnée, la traçabilité et l’analyse intégrée de tous les circuits financiers — économiques, fiscaux, douaniers, budgétaires, parafiscaux, bancaires — s’impose. »
En se dotant de cet outil, l’IGF ambitionne de devenir un véritable organe d’intelligence financière de l’État, capable de sécuriser les deniers publics en amont plutôt qu’après coup — une mutation profonde pour une institution qui supervisera, demain, la totalité des flux économiques du pays en temps réel.
La rédaction / Chiffres & Conjoncture