Kwilu : la production vivrière bondit de 25,5 % en un an, mais le secteur agricole réclame enfin son budget

Bandundu, 25 mai 2026

Michel Kingwengwe, chargé de production

La division provinciale de l’Agriculture du Kwilu, province du sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), a enregistré 6 536 886 tonnes de produits vivriers au cours de la campagne agricole 2024, contre 4 769 883 tonnes en 2023 — soit une hausse remarquable de 25,5 % en une seule année. Une performance qui place le Kwilu parmi les provinces les plus dynamiques du secteur agricole congolais.

Une agro-industrie comme catalyseur

Cette progression n’est pas le fruit du hasard. Selon les autorités administratives provinciales, l’implantation d’une entreprise agro-industrielle dans la province a joué un rôle déterminant dans cette hausse, en stimulant la production locale et en structurant une partie des filières vivrières. C’est un exemple concret de ce que peut produire l’investissement privé dans le secteur agricole congolais, lorsqu’il s’ancre dans les réalités territoriales.

Un potentiel immense, des moyens insuffisants

Mais derrière ces chiffres encourageants se dessine un appel pressant aux pouvoirs publics. Le responsable de la division provinciale de l’Agriculture, M. Kinguengue, souligne que le Kwilu, province à vocation agropastorale dotée de tous les atouts naturels nécessaires, ne pourra atteindre pleinement ses assignations de production qu’à une condition : disposer enfin de moyens budgétaires à la hauteur de ses ambitions.

Le Kwilu possède tous les atouts nécessaires pour produire conformément à ses assignations, à condition que tous les moyens lui soient disponibles — soit un budget propre au secteur agricole, en vue de booster la promotion de ce secteur vital. 

M. Kinguengue a explicitement sollicité l’application de l’engagement pris lors de la conférence de Maputo, qui prévoit d’allouer 10 % du budget national au secteur agricole — un engagement que la RDC, comme la majorité des pays signataires, n’a pas encore honoré. Il a également appelé à libérer le secteur agricole des interférences politiques qui freinent son développement et compromettent l’objectif d’autosuffisance alimentaire.

Dans un pays où la sécurité alimentaire reste un défi majeur pour des millions de ménages, la progression du Kwilu est une lueur d’espoir — mais aussi un révélateur des marges considérables qui restent à saisir, dès lors que l’agriculture congolaise sera traitée comme la priorité nationale qu’elle devrait être.

La Déclaration de Maputo (2003), signée par les États membres de l’Union africaine dont la RDC, engage les gouvernements à consacrer au moins 10 % de leur budget national à l’agriculture. En RDC, la part effectivement allouée au secteur tourne historiquement entre 1 et 3 % du budget de l’État.

Seule une poignée de pays africains atteint régulièrement ce seuil de 10 % — parmi lesquels l’Éthiopie, le Mali et le Niger. La majorité des États signataires, confrontés à des contraintes budgétaires sévères, restent très en deçà de cet objectif.

Le Kwilu, anciennement intégré dans la grande province du Bandundu, est l’une des régions les plus peuplées et les plus fertiles de la RDC. Sa vocation agropastorale est reconnue de longue date, mais le manque chronique d’investissements publics et l’état défaillant des routes de desserte agricole ont longtemps limité son potentiel de production.

Par A. E.