Pont Kinshasa-Brazzaville : l’appel à propositions lancé, 414 millions USD pour relier enfin les deux capitales les plus proches du monde

Brazzaville, 26 mai 2026

C’est à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), qu’a été signée mardi la pièce décisive qui ouvre la voie à la concrétisation d’un projet attendu depuis des décennies : l’avis d’appel à propositions (AAP) pour la construction du pont route-rail Kinshasa-Brazzaville. La signature a été effectuée par Jean-Jacques Bouya, vice-Premier ministre congolais en charge de la Coordination des infrastructures de développement et de l’Aménagement du territoire, et son homologue de la République démocratique du Congo (RDC) en charge des Transports et voies de communication, Jean-Pierre Bemba.

Bien plus qu’un simple ouvrage de génie civil, il s’agit d’une œuvre de redynamisation du commerce transfrontalier. Je tiens à saluer la vision éclairée des deux chefs d’État, Félix Antoine Tshisekedi et Denis Sassou Nguesso, déterminés à concrétiser ce projet.»

Pour Jean-Jacques Bouya, l’événement consacre « un projet structurant qui incarne une vision ambitieuse d’intégration africaine, de connectivité et de transformation durable » :

Un projet commun entre deux peuples frères qui ont décidé de mutualiser leurs efforts et leurs ambitions. Aujourd’hui est l’étape décisive de matérialisation de ce projet d’envergure, destiné à renforcer la fluidité des échanges humains, des marchandises et commerciaux, avec pour ambition de relier d’autres capitales.»

Un ouvrage de 1 575 mètres pour franchir le fleuve Congo

Le projet, évalué à 414 millions de dollars américains selon les études réalisées en 2018, prévoit la construction d’un pont de 1 575 mètres à Maloukou-Trechot, à environ 65 km de Brazzaville et 85 km de Kinshasa. L’ouvrage comprendra une chaussée routière à deux fois deux voies de circulation et une voie ferrée. Ses grandes travées, de 152 et 242 mètres de portée, seront haubanées — une technique de construction qui permet d’enjamber de grandes distances sans appuis intermédiaires.

L’objectif du projet dépasse la seule liaison entre les deux capitales. Il vise à renforcer les échanges entre la RDC et la République du Congo, mais aussi à créer un corridor de connectivité vers le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad et le Gabon, consolidant ainsi l’intégration régionale en Afrique centrale.

Une architecture institutionnelle en place

La cérémonie a réuni le ministre des Infrastructures et Travaux publics de la RDC, John Banza. Les deux structures techniques chargées du pilotage sont la Délégation générale des grands travaux pour la République du Congo et l’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) pour la RDC. Début mai 2026, les ministres des Finances des deux pays avaient déjà signé l’accord bilatéral inter-Etat sur le régime fiscal et douanier applicable au projet — une étape préalable indispensable à la sélection du concessionnaire privé qui assurera le financement, la construction et l’exploitation de l’ouvrage.

Kinshasa et Brazzaville sont les deux capitales nationales les plus proches du monde, séparées par moins de dix kilomètres à vol d’oiseau. Malgré cette proximité, elles ne sont reliées par aucun pont : le franchissement du fleuve Congo ne s’effectue aujourd’hui que par bac, ce qui génère des délais considérables, des coûts logistiques élevés et freine les échanges commerciaux entre les deux pays. Le pont route-rail viendrait combler ce qui est considéré comme l’un des chaînons manquants les plus emblématiques des infrastructures africaines.

Par N.BAF